GOLFIKA
BEN NICHOLLS EN EUROPE (1)
 
  
  Les informations sur Ben Nicholls que nous publions ici nous ont été envoyées par Steve Sayers. Tous nos remerciements les plus vifs pour cette information que nous partageons avec nos lecteurs.

Le "Philadelphia Public Ledger" a publié en 1916 une série de textes signés Ben Nicholls, un professionnel anglais.

Né en Angleterre, à Douvres, en 1877 Ben Nicholls avait un frère appelé Gill. Il dessina des parcours en Europe et en Afrique et travailla comme professionnel un peu partout dans le monde. A l'âge de 17 ans, il fut engagé pour dessiner un parcours en France. Il fut pro au Philadelphia Country Club en 1899 et au Whitemarsh Valley Country Club en 1912 et 1913. En 1914, il travailla au Wilmington Country Club en compagnie de son frère Gill. En 1915 et 1916 il fut head pro au LuLu Country Club. C'est à ce titre qu'il assitera en 1915 à un meeting qui conduira à la création de la Philadelphia Professional Golfers’ Association. Il fut six fois dans les dix premiers à l'US Open et termina 10e ex-aequo au British Open en 1909. Au début de 1900, Harry Vardon était au Etats Unis pour une tournée au cours de laquelle il ne perdit que deux rencontres en match play, toutes les deux contre Ben Nicholls. En 1916 il écrivit une série de 10 articles sur se carrière dans le Philadelphia Public Ledger’s Sunday edition.

Pour rendre ces articles plus facilement lisibles, nous les avons séparés en trois. Vous trouverez ici la première parie. A noter que les illustrations ne proviennent pas du Ledger.

Avant propos : Comment la royauté en Europe découvre le golf et quelles sont les difficultés que peut rencontrer un anglais sur le Continent pour dessiner et construire des parcours, c'est ce qui vous est proposé dans une série de dix articles par Ben Nicholls que la presse, aussi bien européenne qu'américaine, a désigné comme étant le professionnel de golf ayant le plus voyagé dans le monde. Cette série est pleine d'anecdotes qui ne pouvaient qu'être recueillies par Ben Nicholls lui-même sur les différents parcours où il rencontra les têtes couronnées d'Europe, leur enseignant l'art du jeu noble et ancien.

Le 13 février 1916. [...] Je me souviens d'avoir joué sur le parcours du club de Cannes, en France, avec sa Majesté Impériale le Grand Duc Michel de Russie qui fut un de mes élèves durant de nombreuses années. Chaque jour, il venait faire une partie tranquille, accompagné de sa femme, la Comtesse de Torby, du Roi Edouard, du Grand Duc de Mecklenberg ainsi que d'une armée de nobles. Souvent, des Américains venaient s'y joindre : James Gordon Bennett, William K. Vanderbilt, Mr. Havermeyer et d'autres.

     Le Grand Duc Michel sur les links de La Napoule (Cannes).

Le 20 février 1916. En 1894, alors âgé de 17 ans, je fus appelé en France pour y construire le premier golf de Paris, qui était tout sauf une mince affaire, sur une île située sur la Seine. C'est à l'occasion de ce travail que je fis la connaissance du Vicomte de Janzé, l'un des plus anciens passionnés de golf en région parisienne et celui qui fut à l'origine des grands parcours de La Boulie, de Chantilly et de bien d'autres.

     Le Vicomte Leon de Janze, fondateur de la Societe de Sport de Puteaux en 1886.

Le Vicomte de Janzé m'envoya un câble pour me faire revenir en France. Il souhaitait que je construise un parcours dans la ville d'Aix-les-Bains.

A mon arrivée, je rencontrais Monsieur le Docteur Brachie, éminent médecin et multi-millionnaire. Il avait un beau projet pour moi. Nicholls, dit-il, je veux un parcours de golf à Aix-les Bains. Le terrain de courses hippiques une grande partie du temps et, durant la saison où l'on joue au golf, est inondé car situé sur les terres basses et entouré par la montagne. Toutefois, un peu plus haut, je possède une parcelle de terre. Après le petit dejeuner, nous prendrons les mules et nous irons voir ma propriété et voir comment y construire un parcours de golf.

Nous eûmes quelques difficultés, voyant cette terre, dues au fait qu'elle était fortement boisée. Il y avait de beaux oliviers et des figuiers, mais, plus que tout, je vis une soixantaine de laboureurs italiens, bien bâtis, bien équipés et prêts à travailler. Après nous être faufilés au travers de cette terre boisée et montagneuse et après un dernier coup d'œil aux soixante huskies, je promettais à Monsieur le Docteur de lui construire un parcours de golf en six semaines.

Nicholls, si vous y arrivez, La Banque de France vous est ouverte. Mieux, le roi Léopold de Belgique et le roi Georges de Grèce seront présents pour l'inauguration.

Le 27 février 1916. Pour le voyageur qui a traversé l'Italie toujours ensoleillée durant ces cinq dernières années, les beaux parcours de golf étaient un bonheur pour les yeux. A présent, il y a quelque dix ou douze étendues de terre qui attirent le golfeur ; les tees sont aussi fascinants, les greens aussi terriblement alléchants que ceux que l'on trouve chez nous. Certes il est difficile d'imaginer qu'en 1894 le driver et le mashie étaient complètement inconnus en cette terre de soleil et de joie.

C'était pourtant le cas. J'eus la chance d'être à qui on offrait la possibilité de porter des clubs en Italie ; j'eus le privilège de construire le premier parcours et d'introduire le jeu noble et ancien chez les Latins. Je devrais même dire que je fus comblé d'honneur : sa Majesté le Roi Humberto ayant lui-même ordonné que la chose fût faite. Désobéir à une demande royale peut être grave ou pas, je n'en sais rien. Et j'affirme que personne ne le saura, car si un roi fait une demande aussi attirante que celle que fit le Roi Humberto, personne n'y désobéira.

[...] En arrivant à San Remo, les envoyés du roi me montrèrent la propriété sur laquelle on devait construire le parcours. Le terrain était situé à Bordighera, une petite ville un peu plus proche de la France que ne l'est San Remo. Il était très boisé et je n'eus pas l'occasion d'utiliser ni mes clubs ni mes balles.

Le 5 mars 1916. Il ne me fut pas donné de construire le premier parcours de golf d'Espagne. A San Sebastian on trouvait déjà l'un des plus beaux lieux golfiques d'Europe, créé par un groupe de gentlemen anglais et c'est à eux qu'échoit l'honneur d'avoir donné à l'Espagne son premier links.

Toutefois, j'eus le privilège que de construire le parcours de l'île de La Toka, appartenant à l'Espagne et située dans la baie d'Arosa, à quelque 35 miles de Vigo, qui, je dois ajouter, peut se vanter d'avoir le second plus beau port du monde. On dit qu'il est capable d'accueillir toute la flotte du monde.

Ce travail me fut commandé par sa Majesté le Roi Alphonse.

  
 
 
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